Chronique d'une presque suicidée #2: reposer en paix jusqu'à demain et continuer

Mis à jour : il y a 20 heures

On n’a pas besoin d’être mort pour trouver la paix. Et l’on peut mourir au monde pendant quelques heures ou quelques jours sans que notre cœur cesse de battre.

Ce que je ne vous ai pas dit la semaine dernière, c’est que l’envie de mourir est apparue chez moi à l’âge de onze ans. Même si mes pensées suicidaires ont atteint un sommet autour de mes 17 ans, elles n’ont pas disparu du jour au lendemain. J’ai appris beaucoup sur moi en les observant. Je sais maintenant qu’elles sont intimement liées à mon cycle menstruel. En effet, la phase lutéale (prémenstruels) peut devenir une période critique pour moi. J’aurais ce qu’on appelle le trouble dysphorique prémenstruel ou pour le commun du mortel des SPM multipliés par cent. Trois à huit pour-cent des femmes vivraient avec ce trouble selon l’organisme IPMDD. Tout cela pour dire que j’ai dû faire face à plusieurs crises suicidaires et séjourner à l’hôpital à quelques reprises à cause de celles-ci.


Ce que je cherche réellement, lors de mes crises suicidaires, c'est un endroit hors des agressions sensorielles, hors des «il faut», hors de toutes actions à poser alors que je suis épuisée.

Si la cause des pensées suicidaires peut varier d’un individu à l’autre, l’envie de mourir ou de reposer en paix est généralisée. De mon côté, mes envies de disparaître sont souvent reliées à une sursimulation des sens. J’ai réalisé que ce que je cherche réellement, lors de mes crises suicidaires, est un endroit hors des agressions sensorielles, hors des «il faut», hors de toutes actions à poser alors que je suis épuisée. Dans ces moments, j’ai un grand besoin de sécurité, de trouver un nid pour me reposer et de me couper du tourbillon incessant du monde afin de retrouver mon pôle.

Sentiment de sécurité

Dans le pire d’une crise suicidaire ou d’une crise de panique, je regagne un endroit physique (ou psychique) dans lequel je me sens en sécurité de façon à m’apaiser. J’aime bien les salles de bains avec une serrure, le fond d’un garde-robe où la noirceur, les sons étouffés, et la proximité des choses me rassurent. J’aime aussi de plus en plus mon lit.



La posture du fœtus, la posture de l’enfant ou encore celle en assise le dos au mur avec la tête appuyée sur les genoux constituent des formes corporelles à privilégier.

J’ai également remarqué que pour me sentir en sécurité, j’ai besoin de me recroqueviller sur moi-même. La posture du fœtus, la posture de l’enfant ou encore celle en assise le dos au mur avec la tête appuyée sur les genoux constituent des formes corporelles à privilégier. En yoga, on dit souvent de ce genre d’asanas qu’ils aident à activer le système nerveux parasympathique qui est en autre responsable de relâcher les hormones du calme et de préserver l’énergie vitale.



Lorsque le pire est passé, je fais comme l’animal blessé, je me réfugie dans mon «terrier» pour récupérer.

S’offrir une cure de sommeil

J’ai l’impression que dans l’inconscient collectif l’idée de mourir rime avec celle d’être en paix. En effet, c’est souvent ce qui est dit dans les prières pour accompagner les personnes décédées vers l’au-delà. Un de mes professeurs de yoga m’a permis de nuancer cette croyance. On n’a pas besoin d’être mort pour trouver la paix. Et l’on peut mourir au monde pendant quelques heures ou quelques jours sans que notre cœur cesse de battre. Quand plus rien ne va et que l’on souhaite de toute façon en finir, on n’a rien à perdre en prenant une pause pour reprendre ses forces. Je vous jure que dormir c’est beaucoup moins exigeant que d’essayer de s’enlever la vie! De toute façon, notre corps est drôlement bien équipé pour survivre à nos attentats prémédités.

On dit que l’ennui nous rend plus créatifs, moi je crois surtout qu’il nous rend plus vivants.

C’est pourquoi encore aujourd’hui lorsque mon être est envahi par des idées noires, je «meure» au monde aussi longtemps que nécessaire. Je me roule en boule dans mon lit. Je somnole ou dors profondément jusqu’à ce qu’une envie de quelque chose apparaisse. Je reste inerte : pas de cellulaire, pas de livre, pas de télévision, pas de nourriture, rien. Excepter la visite du petit coin et l’absorption de de grands verres d’eau. C’est un peu comme un jeûne sensoriel, mental et émotionnel. On dit que l’ennui nous rend plus créatifs, moi je crois surtout qu’il nous rend plus vivants.


Aujourd’hui, j’effectue cette réflexion de façon autonome, mais pendant longtemps, j’ai été soutenue par un psychologue extraordinaire et bienveillant.

Lorsque j’émerge de cette cure de sommeil, souvent mes pulsions de mort immédiates ont diminué en intensité ou complètement disparu. Cependant, j’aime bien comprendre ce qui a pu déclencher ma crise, c’est pourquoi je contemple et j’analyse les mouvements intérieurs de mes pensées, de mes sensations et de mes émotions. Aujourd’hui, j’effectue cette réflexion de façon autonome, mais pendant longtemps, j’ai été soutenue par un psychologue extraordinaire et bienveillant.



Demander de l’aide

Je vous recommande fortement d’aller chercher de l’aide pour trouver les racines de votre détresse, même si la cure de sommeil a réussi à atténuer vos pensées suicidaires. La thérapie m’a grandement aidé à déraciner mes traumas d’enfances et m’a permis de comprendre la nature cyclique de mes pulsions suicidaires. Avant la thérapie, une tristesse continue résidait dans la trame sonore de mon être. Même les moments les plus joyeux de mon existence avaient un goût de désespoir.


Un autre des merveilleux cadeaux offerts par la thérapie a été d’apprendre à reconnaître les signaux d’alerte envoyer par mon corps. J’ai la certitude que les signaux d’alerte prennent différentes formes pour chacun, mais pour vous donner une idée, voici les miens :


Premier niveau d’alerte : je commence à me trouver grosse, mon esprit déforme mon image dans le miroir et une fatigue commence à s’installer. À ce niveau, je détiens encore le pouvoir de modifier mon état avec des choses assez simples comme une marche en nature, une bonne sieste, une pratique de yoga restaurative, un bon chocolat chaud au miel et de la bonne compagnie.


Ça prend du courage pour s’arrêter, pour se permettre de prendre un moment pour soi dans une culture basée sur la performance et l’action. On doit avoir l’audace d’aller à contre-courant.

Deuxième niveau d’alerte : j’ai envie de me couper, de me faire du mal, j’ai aussi des symptômes physiques comme une sensation d’épuisement et de brûlure dans tout mon corps. Quand je ressens ces choses, je sais que je ne peux plus repousser mon repos. À ce niveau, je dois prendre une journée de congé, un peu comme si j’avais une très grosse fièvre. Ce qui est malaisé avec la maladie mentale c’est que le corps physique va bien, les autres ne peuvent imaginer l’immensité de notre détresse. On m’a souvent dit «tu manques de volonté», «tu as donc bien une petite nature», ou «ça va passer, il faut juste pousser encore un peu…» Ça prend du courage pour s’arrêter, pour se permettre de prendre un moment pour soi dans une culture basée sur la performance et l’action. On doit avoir l’audace d’aller à contre-courant.


Troisième niveau d’alerte : Des pensées suicidaires veinent d’abord furtivement puis attachements à la vie fondent comme la neige au soleil. Je glisse doucement vers la mort qui me séduit toujours davantage. Elle devient la seule option pour trouver la paix tant recherchée. Ça devient ardu de me ressaisir seule.


Quatrième niveau d’alerte : Tout est planifié pour le grand salut. Les pulsions suicidaires m’accablent. Si je ne m’arrête pas immédiatement, c’est souvent à l’hôpital que ça se finit. J’en ai pour des semaines à m’en remettre.


La semaine prochaine

La semaine prochaine, je vous parlerai de mon rituel d’engagement envers la vie et des petites choses du quotidien qui me permettent de prévenir mes crises suicidaires.


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Avec tellement d’amour


D.C.

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