CDYogini #7 : Comment établir une pratique personnelle de yoga?

Pour faire suite à mon article de la semaine passée, je crois que le désir d’établir une pratique personnelle de yoga et de méditation est nourri par une énergie intérieure. Elle vient, lorsque nous nous sentons prêts et que notre envie de découverte et d’exploration de soi n’est plus satisfaite par les cours de groupe. (Ceux-ci étant créés pour combler une diversité de corps incroyable!) Je vous partage cette semaine quelques petites astuces pour commencer et maintenir une pratique à la maison et soutenir votre sadhana.



Par où commencer

Une des meilleures façons de commencer à bâtir une pratique personnelle est de se constituer un répertoire de postures en allant encore pour quelques temps aux cours de votre professeur préféré. Prenez soin de mémoriser/dessiner/noter votre posture favorite de la séance. Puis prenez un moment, tous les jours, pour exercer cette posture et approfondir votre compréhension personnelle de celle-ci. Peut-être même que vous lirez un peu sur l’asana en question. Faites de même pendant plusieurs semaines. Au fil du temps, cela vous permettra de bâtir une banque d’asanas que vous maîtriserez et que vous pourrez pratiquer sans danger à la maison.


Je conseille souvent à mes élèves d’utiliser le système illustré dans le tableau ci-dessous. Il vous permettra d’allonger graduellement la durée de votre pratique personnelle et de varier les postures de semaine en semaine. Dans cet exemple, la durée de la séance est de 5-15 minutes par jour sans compter le temps pour l’échauffement.


Créer un squelette de pratique

Alors que votre répertoire de postures s’élargit et que vous devenez familier avec les principes d’alignement de bases de chaque groupe postural, vous serez en mesure de créer un squelette de pratique. Le squelette vous aidera à structurer votre pratique tout en vous permettant d’utiliser votre intuition pour choisir le rythme, l’intensité et la durée de votre séance ainsi que de diversifier le type de postures que vous exercez.

Voici le squelette que j’utilise pour une séance d’une heure, une heure et quart faite après ma méditation matinale. J’essaie d’intégrer tous les groupes posturaux : Asana aux sols, flexion avant et latérale, torsion, extension arrière, équilibre, ancrage et inversion.





J’adapte ma pratique de jour en jour à mon niveau d’énergie. Les sections A et B du squelette peuvent s’interchanger. J’ai la certitude que la pratique parfaite repose sur l’écoute de soi et non dans la performance apparente. La pratique parfaite est celle qui vous comble et vous rend plus paisible et emphatique envers vous-même et les autres.


Une pratique pour la vie

Un des grands défis de la pratique personnelle est de la maintenir dans le temps. Les élans du cœur sont un grand allié dans cette assiduité nécessaire à la sadhana. Il arrive cependant qu’ils se fassent plus discret. Dans ces moments-là, vous pouvez vous poser les questions suivantes :


Est-ce que je pratique avec conscience ou par habitude?

J’ai remarqué que ma motivation était intimement liée à mon niveau d’implication et de conscience. Le geste est rituel pleinement vivant et vibrant maintient mon engagement tandis que la routine inconsciente provoque la diminution de mon intérêt. C’est un peu comme savourer un morceau de chocolat ou de le manger compulsivement pour calmer une angoisse.


Est-ce que ma pratique est adaptée à mes besoins du moment?

Je crois que l’un des éléments assassins de la pratique personnelle est le fait d’arriver sur son tapis avec un objectif bien précis conçu par la tête et sans le consentement de notre corps. J’essaie de ne jamais forcer mon corps à prendre une forme qu’il n’est pas en mesure d’accueillir à cet instant, même si hier il y consentait.


Aie-je besoin de remuer les éléments du squelette de ma pratique?


À l’occasion, cela peut faire du bien de renouveler son répertoire de postures et de variations, qui pratiquer avec assiduité peuvent devenir de moins en moins fascinante. Le corps a envie de nouveauté! Dans ces moments, j’aime bien retourner suivre quelques cours de yoga, et replonger dans mes livres. Je trouve qu’il est également intéressant d’explorer un groupe d’asanas qui ne vous parle pas naturellement. En effet, j’ai longtemps négligé les postures d’ancrage dans ma pratique personnelle, mais une fois intégrée, elles ont grandement enrichi mon expérience, en plus de m’aider à développer les qualités mentales qui leurs sont associées.

Enfin, vous pouvez également vous inspirez d’une condition particulière à votre corps pour choisir de nouvelles asanas. Par exemple la douleur au genou qui vous empêche depuis tant d’années de faire les randonnées de vos rêves peut devenir la muse de votre pratique.


Aie-je besoin de me nourrir de l’énergie du groupe ou de trouver un partenaire?

Au fil des année j’ai réalisé que de partager ma sadhana avec une autre personne m’aide à découvrir de nouveaux territoires intérieurs. C’est inspirant d’échanger et de créer une expérience unique de pratique. La présence de l’autre me soutien dans chaque mouvement. C’est la beauté de faire partie d’une Sangha, d’une communauté de gens engagés. Ma professeure nous disait que si une personne réussit une posture, tout le groupe en bénéficie! Notre pratique devient collective plutôt qu’individuelle. On fait partie d’un grand tout. Le groupe nous permet d’aller plus loin à condition qu’il soit adapté en général à nos besoins.




Aie-je un lieu dédié à ma pratique?

J’aime bien décrire mon tapis de yoga comme le lieu dédié à ma pratique. Il est un temple portatif. Lorsque je suis sur lui, je suis dans une église, c’est un lieu sacré, un lieu de recueillement, de ressourcement. Sur mon tapis de yoga, je peux être vulnérable, m’ouvrir aux sensations naissantes, prendre soin de ce qui remonte, je peux me connecter au plus grand que moi, à cet espace cosmique à la fois interne et externe à mon être. Mon tapis de yoga est un espace ou plusieurs dimensions se rencontrent.

Chez moi, je prends soin de toujours avoir un espace tranquille prêt à accueillir mon tapis de yoga.


Aie-je un espace-temps dédier à ma pratique?

Du fait de ma nature matinale, j’aime bien bloquer dans mon horaire un moment à mon réveil pour me consacrer à ma sadhana. Cependant, selon mon horaire, mes activités professionnelles, la saison, le moment du mois, il m’arrive de trouver qu’il est plus facile d’intégrer ma pratique plus tard dans la journée. Une fois cet espace temps réserver, je ne me pose plus de questions. Le moment venu, j’arrête tout ce que je fais et m’installe sur mon tapis. Si je remets ma pratique, il y a de fortes chances que je saute une journée.


Aie-je besoin d’un coup de pouce?

J’aime bien utiliser la fonction minuterie de l’application Insight Timer, elle donne une étoile à tous les 10 jours de pratique en ligne. Généralement, c’est suffisant pour me sortir du lit même si les élans du cœur sont ne sont pas tout à fais au rendez-vous. C’est aussi une façon de tenir un journal de pratique.


Souvent, un seul menu détail peut faire toute la différence entre la constance et intermittence dans notre pratique!


En conclusion


Ce qui est géniale avec le développement d’une pratique personnelle c’est qu’elle vous permet de prendre votre temps, de respecter votre niveau d’énergie, d’aller jusqu’au bout d’un moment libérateur, d’être plus près de vos sensations, de vos émotions, de vous ouvrir pleinement aux secrets des postures et enfin elle vous permet de réveiller votre Sat Guru, votre sagesse intérieur et de danser avec elle librement!